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Paris, le 30 avril 2006
à Monsieur Xavier Bertrand, le Ministre de la Santé
Objet : Decret psychothérapeutes et Loi belge
Monsieur le Ministre,
Je me permets de vous faire savoir que je viens d'être invité par M. le Ministre belge de la Santé à une réunion de concertation avancée sur l'avant-projet de loi belge concernant le titre et la pratique de la psychothérapie.
Cette réunion a duré une journée entière, le 26 avril dernier, et a rassemblé les principales organisation professionnelles représentatives. J’ai pu m’entretenir personnellement avec le ministre et avec ses conseillers, rédacteurs du projet.
Je vous joins, pour information, le texte de l'avant-projet actuel, déjà débattu plusieurs fois en concertation, depuis près de deux années.
Ainsi que vous pourrez le constater, il apparaît nettement plus adapté à la réalité de terrain que le texte français actuellement en débat. Il demeure cependant contesté par les organisations de psychologues et d'enseignants en psychologie... qui revendiquent le monopole des formations (comme en France) !
Je me permets d'attirer votre attention sur plusieurs points qui répondent aux exigences habituelles des pays européens :
- le titre est protégé, et l'exercice est clairement défini (art. 51, 7°) ;
- le psychothérapeute (comme le psychiatre et le psychologue clinicien) exerce de façon autonome. Le ministre a souligné verbalement "qu'on ne prescrit pas une psychothérapie, puisqu'il est essentiel que le patient la demande lui-même" (art. 55) ;
- la formation est essentiellement prévue dans de « hautes écoles », sous la responsabilité d’associations privées habilitées (art. 55 c) ;
- les méthodes doivent avoir été reconnues par les associations professionnelles représentatives (art. 55 c) ;
- la formation concerne une méthode de psychothérapie et non une simple formation complémentaire de psychopathologie ;
- une psychothérapie didactique personnelle est exigée, de même qu’une pratique supervisée ;
- un Conseil supérieur des pratiques relatives à la santé mentale est mis en place, avec un collège autonome de psychothérapeutes (comprenant des cellules par méthodes). Ce Conseil supérieur comprend au moins un psychiatre et au moins un enseignant universitaire (section 5) et une majorité de praticiens de terrain. Ses membres sont proposés par les organisations professionnelles représentatives agréées.
- ce Conseil propose l’agrément des écoles privées et associations et tient à jour la liste des organismes et praticiens agréés (section 5, §7) ;
- les associations doivent être sans caractère lucratif, collaborer avec une université, participer à un réseau international, présenter des garanties déontologiques et éthiques (§ 13).
- bien entendu, il n’et nullement question d’un statut particulier d’exception pour l’une des méthodes parmi d’autres (telle que la psychanalyse), ni du danger mythique des sectes (que notre arsenal législatif permet de contrôler par ailleurs), pas davantage que d’une formation spécifique à la psychopathologie qui est intégrée dans toutes les formations de psychothérapie - dont elle constitue environ 10 % du programme.
L’ensemble de ces points correspond parfaitement aux positions de notre Fédération nationale représentative (FF2P) et de l’Association européenne de Psychothérapie (EAP), reconnue comme ONG par le Conseil de l’Europe et soutenue explicitement par la Commission Européenne de Bruxelles.
Je n’ignore pas que le contexte politique français est spécifique et que le décret doit tenir compte de la loi déjà promulguée, mais ces indications peuvent inspirer utilement le décret en préparation, notamment :
• exigence identique de formation complémentaire à la psychopathologie pour tous les professionnels, qu’ils soient médecins (pas forcément psychiatres), psychologues (pas forcément cliniciens), psychanalystes ou psychothérapeutes. Cela figure dans notre loi, mais pas explicitement dans la version actuelle du décret. Il est indispensable que les 150 heures de psychopathologie proposées, à juste titre, par le décret, soient bien présentées comme une formation complémentaire et non comme représentant une formation de “psychothérapeute” ce qui prêterait à sourire !
• la mention du rôle central des écoles privées et des associations scientifiques demeure essentielle, puisque l’université ne saurait former intégralement des psychothérapeutes ou psychanalystes (place essentielle du travail sur soi, de la supervision de terrain, etc.). Cela n’exclut nullement une collaboration avec l’Université, régie par des conventions.
Restant à votre entière disposition, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à ma respectueuse considération.
PS. Plusieurs des arguments ci-dessus sont développés dans mon récent ouvrage que je vous ai fait parvenir : Psychothérapie : 100 réponses pour en finir avec les idées reçues (Dunod, avril 2006) et dans un ouvrage collectif, sous presse (avec la collaboration de plusieurs professeurs d’université) : Etre psychothérapeute (Dunod, juin 2006).
Serge GINGER
Secrétaire général de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P)
Président de la Commission européenne d’harmonisation des programmes
de formation de psychothérapeute dans les 41 pays membres de l’EAP.
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