|
LETTRES OUVERTE AUX PARLEMENTAIRES
|
||||||||||
|
29/01/2007
|
||||||||||
|
Afin d’éclairer les décisions de la CMP, vous trouverez ci-après le rapport qui vient d’être envoyé par la FF2P à chacun de ses membres, ainsi qu’au Gouvernement, précisant la situation et la formation des psychothérapeutes en France et en Europe. Nous espérons vivement que le bon sens et la justice vont triompher des hésitations, et que l’on reviendra au décret de compromis, longuement élaboré par le ministre de la santé, Xavier Bertrand, après de délicates négociations de plusieurs mois avec les représentants de 30 associations, représentant cinq professions concernées aux positions souvent divergentes : psychothérapeutes, psychanalystes, psychologues, médecins, professeurs d’université. Le but final commun reste de protéger à la fois les usagers et les professionnels qualifiés contre l’action de certains charlatans insuffisamment formés, et contre certaines sectes usurpant effrontément à la fois notre titre et quelques-unes de nos techniques.
Paris, le 27 janvier 2007
Le Conseil d’Administration national de la FF2P
à Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, Mesdames les Députées, Messieurs les Députés, Vous aurez à vous prononcer le 31 janvier notamment sur les nouveaux amendements proposés par Monsieur Accoyer, visant à compléter l’article 52 de la loi du 9 août 2004, concernant la réglementation du titre de psychothérapeute. Ces amendements visent pour l’essentiel à confier exclusivement la formation des psychothérapeutes à l’université, et à faire évaluer la compétence des professionnels en fonction par des commissions composées exclusivement de médecins et de psychologues. Ces amendements ont été votés en première lecture par l’Assemblée nationale, puis repoussés à l’unanimité par le Sénat. La Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse (FF2P) qui fédère 63 organismes de psychothérapie, représentant 3 000 psychothérapeutes professionnels certifiés, se permet de vous résumer la situation actuelle, en France et en Europe, afin de mettre un terme à certaines rumeurs infondées. Tout d’abord, il convient de souligner que les psychothérapeutes souhaitent continuer à collaborer avec les universités (dans lesquelles un certain nombre de psychothérapeutes formateurs sont chargés de cours), ainsi que, bien entendu, avec leurs collègues psychologues et psychiatres. La formation des psychothérapeutes ne peut être entièrement universitaire Cependant réserver la formation à ce métier particulièrement délicat exclusivement à l’université serait gravement contre-productif : en effet, dans aucun pays du monde, la formation professionnelle complète de psychothérapeute ou de psychanalyste n’est assurée uniquement à l’université, puisqu’elle implique plusieurs volets impossibles à mettre en place dans le cadre universitaire : - sélection rigoureuse concernant la maturité et l’équilibre de la personnalité du futur thérapeute : élimination des personnalités pathologiques, rigides, agressives, imbues de pouvoir personnel, ou au contraire, dépressives et suggestibles… ; - psychanalyse ou psychothérapie personnelle approfondie, évitant au thérapeute de projeter sa problématique personnelle sur les patients ou clients, et lui permettant une approche vécue des problèmes psychologiques conscients et inconscients ; - stages pratiques sur le terrain, supervisés par des psychothérapeutes qualifiés, dans des services où la psychothérapie est effectivement mise en place… et non les seuls traitements médicamenteux. Ainsi, la plupart des législations européennes existantes prévoient une formation spécifique de quatre années au moins à la profession de psychothérapeute, dans des écoles ou instituts privés d’études supérieures, conventionnées par l’université ou agréés par l’État. A titre d’exemples, - L’Italie exige 4 années de formation complémentaire aux médecins et psychologues diplômés de l’université, a effectuer dans une centaine d’écoles, toutes privées, agréées par l’État ; - L’Autriche demande un total de 7 années d’études supérieures, dont 4 ans dans une des 17 méthodes reconnues, enseignées dans des instituts privés spécifiques ; - La Grande-Bretagne confie à la Fédération nationale des psychothérapeutes (UKCP) le soin de gérer la formation des psychothérapeutes, dans les écoles et instituts spécifiques privés ; - La Commission Européenne de Bruxelles prépare actuellement une Directive dans cet esprit, inspirée du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP), en place depuis 1997 et attribué à plusieurs milliers de psychothérapeutes professionnels d’une quarantaine de pays dont la France. (cf. le site http://www.europsyche.org/). - Pour obtenir le label EAPTI (European Accredited Psychotherapy Training Institute), l’institut de formation doit répondre à des normes sévères, avoir été inspecté sur place pendant une journée entière par deux experts internationaux, étrangers au pays et à la méthode. Les deux rapport écrits, accompagnés d’un dossier d’une quarantaine de pages, sont ensuite soumis à un vote du Conseil d’administration de l’EAP, comprenant 60 experts d’une trentaine de pays. - Soulignons enfin que les pays européens soucieux de protéger les usagers refusent d’accorder le titre de « psychothérapeute » aux médecins ou psychologues, titulaires uniquement d’un diplôme universitaire. En France, les psychothérapeutes professionnels sont formés dans une trentaine d’écoles et d’instituts d’études supérieures spécialisées, reconnues par les organisations nationales représentatives. Il s’agit actuellement le plus souvent de professionnels déjà expérimentés dans des professions sociales, médicale, paramédicales ou éducatives qui s’engagent par vocation dans un second métier, difficile et peu lucratif, à l’âge moyen de 35 à 50 ans. Ces instituts recrutent au niveau bac + 3 et proposent, selon le cas, 4 ou 5 années de formation, sanctionnées par un examen écrit, avec soutenance de mémoire et examen oral devant un jury comprenant obligatoirement un expert enseignant en université, extérieur au Centre de formation. Avant d’entamer un exercice professionnel, les candidats psychothérapeutes reçus, doivent signer individuellement un engagement à respecter scrupuleusement le Code de déontologie spécifique à cette profession. Ainsi ces psychothérapeutes certifiés ne sont en rien « autoproclamés » pas davantage que des ingénieurs, des architectes, des pilotes d’avion ou des professionnels du commerce, formés par des experts de leurs spécialités respectives dans de grandes écoles, le plus souvent privées, et non exclusivement universitaires. Il serait difficile de leur demander de recommencer plusieurs années d’études sur les bancs de la faculté… cela pour revoir des matières déjà étudiées pendant leur formation ! Les usagers Notre préoccupation essentielle est la sécurité des usagers. Rappelons que les traitements psychothérapeutiques concernent parfois des patients atteints de troubles mentaux, adressés par des médecins, mais le plus souvent des clients, venus d’eux-mêmes, demander un aide personnalisée face à des souffrances psychosociales liées aux aléas de l’existence : séparation, deuil, solitude, stress, traumatisme, chômage, conflits professionnels, familiaux, conjugaux, difficultés sexuelles, troubles scolaires, etc. Tous ces soins ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et ne coûtent rien à l’État sauf au sein de trop rares dispensaires pour les personnes en difficulté économique. Ainsi, les psychothérapeutes ne sont en rien des « outils » médicaux, et encore moins des « médicaments » ! Condamner les sectes et protéger les usagers fragilisés Les psychothérapeutes réclament en vain depuis de nombreuses années aux pouvoirs publics l’application effective des lois de lutte contre les sectes. Ils sont en effet parfois victimes de l’usurpation éhontée de leur dénomination et de certaines de leurs techniques, et non pas coupables de « dérapages » comme pourraient le laisser imaginer certains rapports, dans un amalgame inacceptable qui évoque parfois, par analogie, l’époque où les jeunes femmes violées étaient soupçonnées d’avoir elles-mêmes « provoqué » leur agresseur… passant ainsi du statut de victime à celui de « coupable » ! En conclusion Le ministre de la santé, Monsieur Xavier Bertrand et son équipe, ont mené pendant de longs mois une concertation particulièrement délicate, pour parvenir enfin à un projet de décret, commun avec le ministère de l’Éducation nationale et arbitré par le Premier Ministre. Ce projet, accepté non sans réserves, comme tout compromis par les organisations professionnelles représentant les cinq professions concernées : psychothérapeutes, psychanalystes, psychologues, psychiatres et professeurs d’université, est prêt à être soumis au Conseil d’État. Il prévoit, conformément à la loi du 9 août 2004, une formation théorique et pratique en psychopathologie, enseignée à l’université ou dans des organismes conventionnés avec l’université. Cette formation en psychopathologie demeure une formation complémentaire à une formation de base, puisque cette matière représente moins de 20 % de la formation globale à la psychothérapie. Le Professeur Gori, président du SIUEERPP (Séminaire Inter-Universitaire d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse) souligne lui-même « qu’à confondre psychothérapie et psychopathologie clinique, d’une part, psychopathologie clinique et psychologie, d’autre part, on produit de « fausses sécurités » et de « fausses garanties » qui peuvent se révéler à terme bien plus dangereuses que le mal censé être traité par la législation ». (Communiqué du 16 janv. 2007). En ce qui concerne les mesures transitoires pour les professionnels en fonction, nous ne sommes pas opposés à ce que les professionnels exerçant depuis 3 ans à la date du décret, soient évalués par un jury composé de praticiens professionnels reconnus, exerçant sur le terrain le métier de psychothérapeute : ils ne seraient pas « juges et parties », mais tout simplement juges compétents, comme tous les experts de toutes les professions, y compris la police ou la magistrature. Au nom de la protection des usagers, et du plus élémentaire bon sens, nous insistons fermement pour que la psychothérapie soit confiée aux psychothérapeutes et non à des professions voisines, certes respectables, mais différentes. En résumé, il devient urgent de protéger les usagers ainsi que les psychothérapeutes professionnels contre les sectes et les charlatans, par un décret d’application réaliste et conforme à la situation française effective, ainsi qu’à la politique européenne. Au nom du CA de la FF2P, • Dr Michel Meignant, médecin, psychothérapeute, président de la FF2P, représentant permanent de l’Association Européenne de Psychothérapie (EAP) auprès du Conseil de l’Europe; • Mme Isabelle Crespelle, psychologue clinicienne, psychothérapeute, vice-présidente de la FF2P, présidente de la Commission des méthodes au sein de l’Association Européenne de Psychothérapie; • M. Serge Ginger, psychologue clinicien, psychothérapeute, secrétaire général de la FF2P, président de la Commission européenne d’accréditation des instituts de formation à la psychothérapie |
||||||||||