Le sentiment d’insécurité génère de la peur ou de l’angoisse, qui bien souvent se manifestent par le corps. Des symptômes ou troubles s’organisent au-delà de la conscience, de la volonté. “Le patient subit une authentique et terrifiante expérience d’être lâché dans le monde sans protection, c’est ce que Heidegger nomme l’Être-jeté” (Salonia, 2005). Comment accueillir cet « Être-jeté » au monde, comment écouter ce langage du corps, des émotions, de l’Etre ?
La relation thérapeutique s’inscrit dans un contexte à forte intensité émotionnelle qui propose de travailler ses limites – corporelles et existentielles – et de sentir ses propres besoins. Comme la thérapie vise le développement de la conscience et l’intégration de l’altérité, le patient va être amené à se questionner sur sa différenciation et sur sa responsabilité. C’est un chemin qui peut inquiéter et générer de la peur !
Comment accueillir sa peur, comment l’apprivoiser et non pas vouloir la dompter ? Dans le cabinet, comment thérapeute et patient co-construisent-ils la peur ? Que dit-elle et quelle place lui donner dans la rencontre avec un autre, nécessairement différent et forcément imparfait ? Que permet-elle et qu’empêche-t-elle ? Et si la véritable sécurité était à rechercher, non pas à l’extérieur, mais en Soi, dans un lieu intérieur que nous aurions oublié d’habiter ?
La Gestalt-thérapie vise à (re)mettre du mouvement là où l’individu s’est figé et à stimuler le changement par l’expérience d’ajustements créateurs. Or, accepter de faire autrement, de risquer d’autres manières d’être en contact avec le monde, c’est se confronter à des peurs qui peuvent être existentielles et/ou relationnelles. C’est pourquoi le désir de changer est souvent souhaité mais, en même temps, évité : la continuité est rassurante et la discontinuité inquiétante.
Avec son approche holistique – tête, cœur, corps –, la Gestalt-thérapie offre un espace de sécurité (Laura Perls articule angoisse et absence de soutien essentiel dans l’expérience de contact) qui va faire appui et permettre de redonner un sens / une direction sensible à ce qui nous arrive. Cette alliance thérapeutique va aider à vivre avec la peur et non pas dans la peur, à nous accorder notre être vivant et mortel, à revenir à notre corps vulnérable et sensible, à cultiver la confiance dans notre capacité à développer des ressources et à savoir les contacter… À nous engager du côté de l’in-connu, du non-savoir.
C’est ce que vous proposent les Journées d’Étude 2026 de la SFG : explorer comment, ensemble, nous pouvons faire un pas de côté dans la tempête pour danser avec la peur et avec l’incertitude.